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3/8/2012 - RMG - Interview à Mère Reungoat 2/2: Le monde des jeunes et l’histoire personnelle
Photo de l'article -RMG – INTERVIEW À MÈRE REUNGOAT 2/2: LE MONDE DES JEUNES ET L’HISTOIRE PERSONNELLE
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(ANS – Rome) – Dans la deuxième partie de l’interview accordé à ANS, Mère Yvonne Reungoat, en partant de son expérience, parle des jeunes, de la contribution que les  Filles de Marie Auxiliatrice (FMA) peuvent donner et de son histoire vocationnelle.

Quelles sont les attentes et les défis des jeunes d’aujourd'hui? Peut-on encore tracer une géographie du monde des jeunes ou la mondialisation a-t-elle tout unifié?

Il y a surement des défis spécifiques pour les jeunes selon les contextes socioculturels. Dans ceux caractérisés par une plus grande pauvreté économique ou bien appauvris, les jeunes sont plus motivés à s’engager pour élever leur statut social et savent profiter des opportunités qu’on leur offre; ceux des pays dits riches, sont moins motivés et ont un temps plus long de maturation humaine. Mais ce ne sont que des généralisations.
La globalisation a un peu uniformisé les besoins et en a suscités d’autres, et ainsi les aspects qui unissent les jeunes d’aujourd’hui au niveau mondial sont bien plus nombreux que ceux qui les différencient. Les langages, la consommation, les attentes de réalisation, les médias et les nouvelles technologies ont été mondialisés.
Je ne fais pas référence aux défis de la globalisation uniquement dans leur dimension négative - sécularisation, relativisme, consommation – mais également dans celle positive. Par exemple, la solidarité a été mondialisée, le volontariat a connu une croissance, il y a une nouvelle sensibilité pour ce qui concerne les droits de l’homme et la dignité de toute personne. Les besoins profonds des jeunes sont ceux de toujours: aimer et être aimés, chercher le sens de la vie et le bonheur, s’engager pour l’utilité commune, rendre le monde une maison habitable pour tous.
Aujourd'hui les jeunes veulent être là: non seulement en faisant entendre leur voix comme indignés, mais en rendant disponibles leurs ressources en tant que jeunes engagés. Je crois que nous nous préparons à vivre une nouvelle saison, à la condition que nous sachions les écouter et les accompagner dans leur parcours de croissance humaine et chrétienne.
Il n’existe pas uniquement un langage des jeunes crypté, il y en a également un  fait de simplicité, de tangibilité, de gratuité et de don. Il y a une demande souvent implicite de sens qui exige d’être mise à jour et il y a une demande latente des jeunes d’être accompagnés par des adultes significatifs dans un monde devenu toujours plus multiethnique, multiculturel, multi-religieux et n’ayant pas de points de référence. Pour nous, le défi c’est les accompagner à s’ouvrir aux autres et à l’Autre, jusqu’à l’annonce explicite de Jésus.

Le terme “crise” caractérise plusieurs domaines, de l’économique au social, des valeurs à la réalité des jeunes. Quelles espérances les FMA offrent-elles?

Les espérances que nous pouvons offrir dépendent de celles qu’animent notre vie. Le premier signe d’espérance pour les jeunes, c’est trouver des adultes capables d’espérer. La crise, présente surtout en occident, est une crise économique et sociale, des valeurs, culturelle et éducative. L’urgence éducative peut être interprétée comme l’urgence de pères et mères, de maison et de famille, de formation.
Éduquer dans une société qui fait trop souvent du relativisme son crédo et qui comble les nouvelles générations de gratifications émotives et exalte la culture de l’éphémère, peut rendre plus difficile notre tâche et freiner nos élans. Je suis toutefois convaincue que nous pourrons offrir l’espérance aux jeunes uniquement si nous surmonteront la crise d’autorité dans laquelle de nombreux adultes sont précipités en abdiquant souvent à leurs responsabilités.
Si, en qualité de FMA, nous témoigneront de la beauté et de la joie de notre vocation, il sera plus facile de constituer un grand réseau de communion et de dialogue avec tous ceux qui tiennent à cœur l’éducation des jeunes et avec les jeunes mêmes.
Au nom de toutes les FMA, j’exprime le désir que de nombreuses jeunes femmes puissent découvrir l’appel à suivre Jésus dans notre Institut. Le champ des besoins éducatifs est immense. On peut sortir de la crise, qui est également vocationnelle, si on est capables de remettre aux jeunes générations le charisme salésien pour qu’elles le développent et l’enrichissent. 140 ans après la fondation, j'entrevois un horizon grand et ouvert où notre Famille religieuse peut continuer à écrire des pages de fidélité joyeuse, également avec l’apport de jeunes femmes qui n’ont pas peur de s’engager à suivre Jésus.

Pouvez-vous nous raconter brièvement votre histoire vocationnelle?

Dans ma famille, il y avait un oncle salésien missionnaire au Canada et on recevait régulièrement le Bulletin salésien. Ce fut ainsi que mes parents découvrirent l’existence d’une école des FMA dans la ville de Dinan, en Bretagne (France), où je pus faire mes études. Je fus frappée par l’ambiance de famille qui régnait dans la communauté. Un jour la directrice me demanda: “As-tu jamais pensé à la vie religieuse?”. Cette question directe fit renaitre en moi le désir de devenir religieuse que je cultivais dans mon cœur avant de connaitre les sœurs et que j’avais laissé tomber en pensant à l’impossibilité de la réponse. Je dois reconnaitre que la directrice de Dinan a été une véritable accompagnatrice et que l’ambiance éducative de la communauté a soutenu mon chemin. Les FMA avaient l’art de nous rendre protagonistes; elles nous confiaient des petites responsabilités adéquates à nos possibilité, de manière à nous éduquer au service pour les autres . L’accompagnement m’a aidée à murir la réponse vocationnelle. Je me suis sentie saisie par Dieu, mais si on ne m’avais pas posé cette question, je ne serais peut-être pas devenue une Fille de Marie Auxiliatrice.
Avoir été missionnaire en Afrique a enrichi ma vocation, qui a ensuite vu des tournants surprenants avec mon élection à Conseillère d’une Quasi-Province, Vicaire générale et, enfin, à Supérieure générale. J’ai pensé dès le début que cette mission me dépassait complètement et que je n’aurais pu la remplir que si je pouvais compter sur l’aide du Seigneur et de Marie Auxiliatrice.
Être le neuvième successeur de mère Mazzarello est une tâche qui ne peut être remplie qu’avec la grâce de Dieu, en se confiant à Marie Auxiliatrice, Celle qui  atout fait même dans ma vie. Je suis convaincue que le Seigneur noue demande uniquement notre disponibilité pour agir en nous avec liberté et faire de nous des instruments de son amour prévenant.

Publié le 03/08/2012

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