Madagascar – Dans la pauvreté de Moramanga, le rêve de Mgr Vella, SDB, prend forme : l’« Université Don Bosco »

17 mars 2026

(ANS - Moramanga) - Depuis 2019, Mgr Rosario Saro Vella, évêque salésien, dirige le diocèse de Moramanga, dans l’est de Madagascar, une région marquée par la pauvreté, un système de santé défaillant et l’absence de routes. Entre les villages accessibles uniquement en moto et les situations d’urgence liées aux cyclones, l’éducation est la priorité. Son projet ambitieux, l’« Université Don Bosco », soutenu par la Conférence Épiscopale Italienne (CEI), vise à offrir un avenir aux jeunes les plus pauvres. 10 000 élèves étudient dans les écoles catholiques de sa région, et plus de 900 jeunes bénéficient de bourses et d’un accompagnement complet. Mais face à la corruption et à l’exploitation des ressources minières, le développement demeure un défi ouvert.

Pour atteindre les villages les plus reculés de son vaste diocèse de Moramanga, dans l’est de Madagascar, l’évêque doit utiliser une moto tout-terrain : dans de nombreuses zones, il n’existe aucune route.

Mgr Rosario Saro Vella, 75 ans, salésien originaire de Canicattì (Agrigente), est missionnaire sur l'« île rouge » depuis 45 ans et la connaît comme sa poche. Il est le seul évêque italien du Pays. Il se déplace certes en moto, mais aussi en canoë et en 4x4.

Son diocèse est à trois heures et demie de route d'Antananarivo, la capitale, à travers nids-de-poule et cratères. Le clocher de la cathédrale domine des maisons de chaume et de boue : rares sont ceux qui peuvent se permettre des maisons en briques ou en tôle. À l'intérieur, l'église est pleine de jeunes se préparant à la confirmation, signe d'une vie ecclésiale dynamique et tournée vers l'avenir. « Nous avons 10 000 élèves dans nos écoles, de la maternelle au lycée : une ressource incroyable », dit-il.

Priorité : l'éducation

C'est pourquoi l'« Université Don Bosco » est sur le point de voir le jour. En bon salésien, Mgr Vella concentre tous ses efforts sur l'éducation. Son projet le plus ambitieux est la création d'une grande université pouvant accueillir au moins mille étudiants. Le campus se situe à cinq kilomètres de la curie : des salles de classe, une bibliothèque, des résidences universitaires et des logements pour le corps professoral sont en construction. La CEI, à travers le « Service d'Interventions Caritatives pour le Développement des Peuples », financera le projet par un million et demi d'Euros. Les Salésiens de Don Bosco eux-mêmes, des donateurs privés et des associations contribueront également, et une maison pour mères célibataires et femmes vulnérables, géré par des religieuses, sera également construite dans la même région.

Le bâtiment principal, en construction, sera inauguré en mai. Depuis l'année dernière, des cours en Économie et en Droit sont actifs, avec 300 étudiants inscrits. Les cours en Éducation, Tourisme et Communication seront également lancées. Le diocèse soutient plus de 900 étudiants universitaires à travers des bourses, pour un coût de près de 100 000 Euros par an. « Nous essayons d'aider tous ceux qui le méritent », explique-t-il.

Le projet académique est dirigé par Prisca Marav, l'une des plus jeunes rectrices de Madagascar, âgée de moins de 35 ans. Diplômée en Sciences Politiques de son Pays d'origine, elle s'est spécialisée en droit international à Loppiano, en Italie, grâce au soutien de l'évêque qui a cru en elle. Les difficultés sont principalement financières : « Ici, la priorité est de manger tous les jours. Aller à l'université est un véritable défi. Beaucoup d'étudiants doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, même si les frais de scolarité sont très bas, moins de 50 Euros par an, et que nous proposons des bourses. Certains arrivent le ventre vide », explique la rectrice. Convaincre les étudiants les plus prometteurs de poursuivre leurs études implique souvent de les éloigner du travail des champs.

Une éducation complète. Beaucoup d'étudiants viennent de villages de la savane, où ils vivent de la riziculture et de l'élevage de zébus. Peu souhaitent étudier l'agriculture ou le tourisme, secteurs stratégiques pour le développement : « Tout le monde rêve d'un emploi de bureau. Nous avons besoin d'un travail culturel pour comprendre les véritables besoins du Pays », observe Prisca Marav. Le diocèse apporte également un soutien humain aux étudiants : il les accueille dans des communautés religieuses et contribue à leurs frais de nourriture, de logement et de soins médicaux. « Nous ne nous concentrons pas uniquement sur les études, mais sur la personne dans son ensemble, sur sa formation intégrale ». Parallèlement, les Caritas locales construisent des maisons en briques pour les familles sans-abri, aident à l'achat de médicaments et prennent en charge les dépenses urgentes.

Les défis du diocèse

À Moramanga, on compte environ 600 000 catholiques, desservis par 35 prêtres, religieux et diocésains, et 22 congrégations. Leur engagement est principalement axé sur l'éducation, l'aide caritative et sociale et la santé, dans un Pays où 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et où les soins de santé publics sont quasi inexistants.

« Nous sommes allés à moto dans une zone d'extraction d'or et avons rencontré des jeunes hommes transportant une fillette sur une civière improvisée avec des cannes de bambou et des couvertures. Ils avaient marché pendant 18 heures et il leur restait encore dix heures de marche pour atteindre un dispensaire. Ce sont des injustices extrêmement graves et absurdes », déclare le « P. Saro », comme il demande à ses amis de l'appeler. « Nous envisageons de construire une nouvelle clinique dans ces régions ».

Et puis, il y a les urgences, qui ne manquent jamais. Ces dernières semaines, le cyclone Geza a détruit des maisons, arraché des toits, et même des conteneurs robustes. L'évêque s'est rendu sur place pour apporter son soutien et ses secours. Heureusement, aucun blessé n'a été déploré dans le diocèse.

Sur le plan politique, malgré les manifestations d'octobre dernier et l'arrivée de nouveaux visages au pouvoir, la situation de fond reste inchangée. Et puis il y a le problème récurrent des ressources minières, qui auraient pu être une bénédiction mais qui sont devenues une malédiction. Madagascar est riche en or, en coltan et en cobalt. « Malheureusement, les bénéfices ne profitent pas à la population, mais à une poignée de responsables gouvernementaux et de multinationales étrangères - explique l'évêque. - Des intermédiaires, souvent des émissaires de politiciens, s'emparent des ressources et les revendent à l'étranger à un prix dix fois supérieur. Le Japon, la Chine, la Russie, la France et les États-Unis sont présents. Quiconque le peut vient s'en emparer ».

Si les routes étaient en bon état, ce serait déjà un grand pas en avant pour le développement, notamment à travers le tourisme, dans un Pays aux paysages merveilleux et à la faune et la flore uniques, comme les 119 espèces de lémuriens qui n'existent qu’ici. « Mais là où se trouvent les mines, ils ne veulent pas de routes - conclut l’évêque - car ainsi ils peuvent continuer à poursuivre leurs propres intérêts sans que personne d’autre n’arrive ».

Patrizia Caiffa

Source: SIR

InfoANS

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